jeudi , 13 août 2020
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A chaque Aïd suffit sa peine

La fête du mouton ou l’Aïd L’kbir (la grande fête) devrait évoquer pour nous la notion du sacrifice. Mais cette notion peut aller de sacrifier le mouton jusqu’à sacrifier la fête du mouton.

 

Certains achètent le mouton et l’égorgent. D’autres l’achètent et l’offrent à d’autres pour l’égorger pour eux, par procuration, alors qu’une autre niche sacrifie la fête au lieu du mouton et opte pour des vacances loin du sang, de la viande ovine mais surtout loin des regards des voisins et de la famille.

Il ne s’agit certainement pas d’une histoire d’argent parce que le voyage coûte de loin plus cher que le mouton. Bref, ceci reste un choix individuel mais est-ce que ceux qui optent pour des formules de vacances l’affichent pour autant sur leur profil Facebook ? Oui, mais surtout pour afficher une situation dans un hôtel ou resort. Histoire de frimer encore. Je vous ai toujours dit que Facebook est un excellent outil de frime. Mais gare à ceux ou celles qui ont osé afficher leur volonté de troquer le mouton par un weekend au soleil. Les muuftis du Web les guettent et les agressent. L’exemple le plus frappant est cette dame qui a écrit avec soulagement:«Enfin et après 10 ans de mariage, j’ai réussi à convaincre mon mari de voyager pendant l’Aïd et d’offrir le mouton à une famille pauvre». Plus de 100 personnes lambda ont commenté ce post en se prenant pour des Oulémas et en lui expliquant la symbolique de la fête avec des sources de Chari’â et de la Sunna. Insatisfaite des ces réactions, le dame se tue à jamais ! Il se trouve qu’elle n’est pas la seule insatisfaite. Toutes les femmes ou presque le sont. Celles qui égorgent chez elles sont fatiguées à l’idée de le faire sans aucune aide domestique. Celles qui vont chez la famille ou la belle famille se plaignent que ça tombe un dimanche et que le séjour est trop court. Alors que celles qui ne le font pas peinent à trouver un hôtel en formule all inclusive pour passer le séjour. Oui, en simple observatrice, j’ai vu que tous les deals de voyage ont été épuisés bien avant la fête. On dirait que personne n’égorge le mouton. Mais non, ce n’est pas vrai puisque ça parle aussi des prix des moutons aux souks, de ceux affichés sur les sites de ventes en ligne en passant par les deals des ustensiles de cuisine.

Revenons à nos moutons. Et surtout au mouton que je n’ai pas égorgé cette année. Ce n’était pas un choix mais entre nous ceci m’a arrangé. Nous avions acheté un mouton, et pour la première fois, un mois avant l’Aïd. Mais il a rendu l’âme une semaine avant le jour J. Faute de moyens, nous n’avons pas pu nous permettre un autre. Nous nous sommes enfermés alors chez nous et nous avons mangé du kebab acheté au préalable de chez le boucher du coin. Mon histoire est assez bizarre, mais je la trouve plus plausible que de dire que je sympathise avec Brigitte Bardot ou que je suis végétarienne ou encore que je souffre du diabète et du cholestérol. Au moins, mon histoire ne fera pas de réactions anodines sur Facebook puisque l’intention était là. Et si un mufti du Web ose me contrarier je lui sortirai«Innama Al A3mal Binniyat, wa innama likoulli mriin ma nawa».

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