vendredi , 10 juillet 2020
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Meriem Khalil: Le corps et le numérique

L’image actuelle du corps témoigne d’une société qui accorde une importance capitale à l’apparence physique au détriment d’un regard intègre sur l’Homme. Les réseaux sociaux provoquent l’obsession de l’apparence et de l’insatisfaction corporelle !

 

A l’ère d’Internet, des transformations sociales ont vu le jour particulièrement avec la multiplication des réseaux sociaux ; le temps de l’image auquel nous appartenons «sans consentement» fait que nos comportements se modifient, voire même nous incite à repenser certaines pratiques qui, autrefois, étaient considérées comme indécentes ou «hchouma». Des corps en maillot de bain, en nuisettes ou dénudés, ce sont bien des photos qui semblent avoir un succès incontournable sur Internet encore plus dans les réseaux sociaux. Qu’est-ce qui fait qu’essentiellement les jeunes internautes partagent ce type de photos ? Comment se fait-il que le Marocain ou la Marocaine accepte de dévoiler son corps sans aucune crainte de jugement ? Pourrait-on avancer que la société marocaine vit une modification du rapport au corps allant de la liberté d’expression corporelle à une réconciliation avec le corps ?

Une précision est nécessaire à faire est que cette extra-exposition du corps se fait au sein de la communauté «NUMERIQUE» ; cela dit que le même internaute qui porte de l’attention et de l’admiration pour la photo d’un corps sexy ou presque dénudé sur les réseaux sociaux, peut avoir un comportement différent, voire maltraite ou porte un jugement à la personne qui présente une image pareille dans la vie réelle, d’où ce comportement paradoxal entre le virtuel et le réel. Le psychanalyste Paul Schilde disait dans l’image du corps : «Une image du corps est toujours d’une certaine façon la somme des images du corps de la communauté, en fonction des diverses relations qui y sont instaurées».Cela dit, la consommation massive de ces photos pourrait éventuellement nous renseigner sur :

  1. Un idéal auquel majoritairement tous les internautes aspirent : ces photos pourraient traduire une expression d’autonomie, la femme par exemple sur les réseaux sociaux se trouve non soumise au jugement social ni au contrôle des proches «la famille» et donc jouit d’un espace de liberté par excellence où elle peut exhiber son corps sans aucune limite et attirer l’attention des internautes pour améliorer son capital social dépendant, de nos jours, de l’apparence physique.
  2. Un rêve d’un corps qui ne m’appartiendra jamais : les réseaux sociaux provoquent l’obsession de l’apparence et de l’insatisfaction corporelle vu le nombre des conseils de perte du poids et de mannequins avec des tenues à couper le souffle ; l’internaute se trouve dans l’obligation de porter des changements sur son image pour appartenir à la même ambiance ou du moins pour «créer un corps numérique» répondant aux désirs de tous.

L’image actuelle du corps témoigne d’une société qui accorde une importance capitale à l’apparence physique au détriment d’un regard intègre sur l’Homme ; désormais, le corps sur internet demande de la validation et de la reconnaissance de l’autre voire même devient un sujet d’évaluation comptabilisé par le nombre de J’AIME. Cette situation alarmante nous invite à repenser l’image du corps véhiculée par notre enseignement dans le système éducatif marocain où on dénote un vide créé par l’incapacité du système à produire une vision nouvelle qui remplace celle dans laquelle le corps était plus présent quand il était associé aux sanctions et aux châtiments

Meriem Khalil, Doctorante, chercheuse en Sciences de l’Education

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