vendredi , 7 décembre 2018
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À la une : Le malheur des uns fait les likes des autres

Depuis quelques années, une nouvelle forme de communication est née, sur les réseaux sociaux. Elle permet à tout un chacun de greffer ses avis et opinion aux plus grands faits d’actualité. Bloggeur et personnalités du web s’en donnent à cœur joie, parfois au détriment de la déontologie et de la retenue que suppose un avis public. La thêatralisation de la mort de feus Ahmed Zaidi et Abdallah Baha, en est l’exemple le plus récent.

 

La montée en force de Facebook, de Twitter et consort, mais aussi leur profond encrage dans nos habitudes de communication et de sa consommation ont donné lieu à une nouvelle forme de médiatisation. Le partage d’informations textuelles et graphiques par les utilisateurs privés parallèle aux circuits de de communication officielle et quadrillée. La possibilité de partage des informations et des avis, ainsi que la liberté de distribution de contenu que supposent les réseaux sociaux a permis à de nombreux particuliers de gagner en notoriété et en crédibilité en se greffant à l’actualité mondiale. Ils s’improvisent analystes, chroniqueurs et commentateurs, sans toujours avoir la légitimité nécessaire pour le faire.

 

Aller toujours plus loin pour faire le buzz

Les premiers social-actors ont réussi à se faire remarquer en se contentant simplement de relayer les informations glanées auprès des différents organes de presse. Aujourd’hui, il leur est devenu plus difficile de se faire remarquer et faire le « buzz ». Dorénavant, pour se faire citer ou relayer ses pairs, un utilisateur de réseaux sociaux doit faire dans le sensationnel, choquer et provoquer la polémique. Ceux qui l’ont compris n’hésitent pas à pousser le spectaculaire à son paroxysme en brisant tous les tabous. L’exemple le plus récent est la publication de photos montrant les dépouilles et les obsèques de feus Ahmed Zaidi et Abdallah Baha, deux hommes politiques qui nous ont quittés dans des conditions tragiques. La manière dont les réseaux sociaux se sont emparés de ces évènements à grand renforts de visuels et de commentaires plus ou moins incendiaires en dit long sur ce qui est devenu aujourd’hui nécessaire pour qu’un social-acteur sorte de l’anonymat et sur ce que les audiences web réclament pour accorder leur attention à un évènement donné.

 

Du consomm-acteur social engagé à la course à l’audience individuelle

Les massacres perpétrés par Daech, l’amalgame entre islam et extrémisme, les tueries en terre Palestinienne sont autant de terreaux fertiles qui sont aujourd’hui exploités par les circuits officiels de presse pour scotcher un utilisateur devant son écran de télévision ou de Smartphone. Face à cette concurrence, le web-acteur individuel se retrouve forcé d’aller plus loin pour attirer de l’audience. Il est donc devenu normal pour tout un chacun de dégainer son Smartphone, non plus pour obtenir le premier cliché d’un accident, mais de chercher le plus glauque. On théâtralise l’actualité pour en pas être simplement le énième à reprendre. On brise le tabou sexuel, religieux et moral au nom du scoop. Pour qu’un poste privé puisse espérer atteindre l’audience d’un article officiel, on offre au lecteur web ce qu’il veut voir sans l’avouer : l’exacerbation du malheur et le ridicule des autres pour se rassurer par rapport à sa propre situation.

 

Choquons en attendant d’être crédibles

Au Maroc comme ailleurs, les utilisateurs du web ont acquis les réflexes nécessaires pour accéder à toutes les informations qui les intéressent. Il est devenu plus difficile pour tout un chacun de réclamer une audience forte sans apporter ce petit plus qui fait la différence. La presse a également mué, pour se mettre à l’heure de l’instantané, rendant encore plus difficile pour un individu de réclamer la primeur ou la pertinence sur un évènement. Seule reste la solution de facilité qui joue sur le besoin de voyeurisme refoulé chez les internautes. Des photos choquantes, des prises de position qui vont d’une extrême à l’autre… pour certains relayeurs de presse parallèle, tous les moyens sont bon pour se greffer aux faits d’actualité les plus choquants et en retirer un quart d’heure de gloire. On pointe du doigt et on exacerbe une pelouse mouillée et mal entretenue, on partage et on commente les photos d’une décapitation qui se passe à un continent de distance et on se sert des propos de tel politicien local ou étranger pour attirer l’ire ou la sympathie d’un lectorat qui n’est concerné ni idéologiquement ni géographiquement. Tous les moyens sont bons pour gagner quelques « likes » et quelques Retweet  avant de passer au scoop suivant.

Yassine Ahrar

 

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