jeudi , 13 août 2020
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Le «Selfie» printanier

Le selfie marocain reste strictement sans égal à cause de ce «lien» si solide et résistant qui lie le peuple et le pouvoir monarchique unifiant, moderne et modernisant, quoique usant de conception et de mode de gouvernance millénaires et «traditionnellement» efficaces.

 

Il est politique le «Selfie» printanier. Smart phone, appareil photo et caméra ont enregistré, varié et enrichi des moments et des images immortelles et éternelles de ce selfie. Les auteurs, les vrais, de ce selfie ne sont pas des «selfistes» qui dissimulaient «ce que le selfie voulait dire» sauf quand le déclencheur sont des gents simples et braves tel que l’on croise chaque jours au beau matin pressant le pas vers leur travail peu reconnaissant leurs besoins essentiels et leurs droits fondamentaux. C’est à l’occasion de l’avènement de l’éveil récent et historique des peuples arabes que ce selfie est devenu visible et s’est «mis en image» par eux-mêmes. Journalistes et cameramen qui ont été témoins des soulèvements à travers le monde arabe ne faisaient que la prise d’images «tournées» par la population. Sans extrapoler donc sur vol ou déplacement, avortement ou détournement de ce «printemps» populairement fait, le selfie printanier a été investi par les populistes après avoir été fait directement par des héros populaires et indirectement par des tyrans/dictateurs. L’aboutissement, qui n’a pas été encadré ni pensé par de vrais révolutionnaires (leur air existe-il toujours ?) a été malheureusement «populiste-ment» investie et «mondialiste-ment» manipulé. Cependant le selfie tunisien reste unique dans son aboutissement à cause de la ténacité et la sagesse (forcée ?) des islamistes qui ont fortement participés à la conception et au cheminement de ce selfie tunisien. Le selfie marocain reste, quant à lui, strictement sans égal à cause de ce «lien» si solide et résistant qui lie le peuple et le pouvoir monarchique unifiant, moderne et modernisant, quoique usant de conception et de mode de gouvernance millénaires et «traditionnellement» efficaces. Il a pu bien assimiler les secousses par son encadrement pertinent et réaliste des forces vivantes et influentes du pays quoiqu’on en dise. Le selfie printanier reste donc une arme à double tranchant :

1/ Les détenteurs ou les prétendants au pouvoir se «selfisent» pour s’acquérir une image «soft» auprès du lectorat.

2/ Leurs rivaux, militants et rebelles (qui ont investi les espaces publiques à en éterniser les noms en les «dorant» de sang et de sueur) se «selfisent» à leur tour, pour récupérer des droits et une dignité «pillés» par desdits «élus». Ces élus-là ont fini par s’emparer des droits au luxe conditionnés – selon «le contrat social» depuis son instauration par Jean-Jacques Rousseau -par des devoirs de dévouement à la chose publique. Des devoirs qu’ils ont perdus de vue dans le labyrinthe des «pixels» de l’image erronée que la séduction du pouvoir leur a glissée par le biais d’un ego «pas comme les autres».

Driss El Korri, écrivain, professeur de philosophie et de médias

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