samedi , 22 février 2020
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Sofia Ben: Quand Detekt brise mon rêve de célébrité

A la lecture des actualités internationales IT, je suis tombée sur le lancement du logiciel gratuit «Detekt». La promesse était fortement alléchante : Detekt informe son utilisateur sur les spyware qui se seraient potentiellement glissés dans sa machine. 

Je me suis décidée alors de me renseigner davantage sur cette nouveauté qui va chambouler les pratiques des agences de renseignement mais qui peut aussi révolutionner ma vie dans le cas où je serais espionnée.

A travers mes différentes recherches, j’ai appris que les logiciels espions visent essentiellement les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes, les ONG, les opposants politiques et les minorités religieuses ou ethniques. Je me suis ainsi vite emballée en me disant que vu que je n’arrête pas d’ouvrir ma grande gueule, je devrais être dans le collimateur de plus d’une agence de renseignement. Je suis fort probablement espionnée. Voyons voir qui m’espionne. Après tout, savoir que je suis espionnée par la DGED, la NSA ou la DGSE, ça ne pourrait que me crédibiliser, et le faire savoir me donnerait un coup de pub sans pareil.
J’ai téléchargé donc le logiciel, je l’ai exécuté en mode administrateur, puis j’ai choisi la langue anglaise puisque le français n’y est pas. Enfin, j’ai lancé le scan. 35 minutes durant, mon cœur bat à grande vitesse, mes yeux sont restés river sur ma machine et ma tête n’a pas arrêté de mijoter une recette miracle pour annoncer la nouvelle. Serais-je la première au Maroc ? Il y a de fortes chances que ce soit vrai étant donné que Detekt vient d’être lancé. J’aurai certainement la primeur. Je ferai la Une des médias. Mais voilà qu’un message s’affiche, et d’un coup mes rêves se brisent avec. Le verdict est tombé : rien de suspect sur mon ordinateur portable. Je ne veux pas y croire. Non, ce n’est pas possible. Mon projet de contacter Amnesty International pour me plaindre qu’on m’espionne, ne serait probablement qu’une partie de ma vie parallèle. Je ne lâche pas prise. Il est 8 heures du soir. Je lègue mes enfants à mon mari, je prends mes cliques et mes claques et je monte dans ma voiture. Direction mon magasin. Tout au long de la route, je rêve de ma campagne PR, des médias qui m’interviewent et des déclarations que je donne ici et ailleurs. J’ai commencé même à pratiquer mon anglais au cas où des agences de presse internationales feront appel à mon témoignage. Une fois, dans mon magasin, je me mets devant mon ordinateur de bureau, je l’allume et je lance le processus.  Hélas ! mon rêve n’en est plus un. Je suis attristée non seulement parce que je ne suis pas espionnée mais surtout parce que je ne devrais faire partie d’aucune des catégories espionnées susnommées, ou bien- et contrairement à ce que je pensais- je suis totalement inoffensive pour lesdites agences de renseignement. Aucune explication ne m’enchante. Et vite, j’en trouve une troisième : j’ai de la chance !
Oui, j’ai de la chance parce qu’autrement, je devrais changer d’ordinateur alors que je n’en ai pas les moyens. J’allais passer des heures et des heures à penser ce qu’ils ont pu intercepter sur ma machine. Les factures, les déclarations de ventes, le projet de mon livre «La révoltée » que je n’ai jamais publié…Je devrais aussi en informer toute ma base de contacts y compris mes fournisseurs en Chine. Ils pourraient avoir peur et arrêter de me fournir en gadgets. Le proprio allait me virer pour le tort que je lui cause pour son enseigne. Je serais au chômage. Oui, c’est bien pour toutes ces raisons que je ne suis pas espionnée. Les logiciels espions sont humanitaires et ont pensé à ma survie qui vaut plus que ma célébrité !

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